Le soir, à la table de la cuisine, les devoirs tournent parfois à l’épreuve de force : consigne mal comprise, leçon à réciter, parent qui ne maîtrise plus le programme. Devoirs faits au collège est né en 2017 pour déplacer cette séance dans l’établissement, avec un adulte à proximité. Gratuit, ouvert à tous les élèves volontaires et imposé en sixième depuis la rentrée 2023, il pèse désormais lourd dans le quotidien des familles. Voici qui y a droit, qui encadre les séances, ce que disent les chiffres et comment obtenir une place, loin de l’aide aux devoirs payante qu’on cherche souvent en dernier recours.
Devoirs faits au collège : un temps d’étude gratuit, pas un cours en plus
Le principe tient en une phrase : un temps d’étude accompagnée, en dehors des heures de classe, dans le collège, pour réaliser les devoirs donnés par les professeurs. Le ministère de l’Éducation nationale l’a lancé pour que les élèves rentrent chez eux « devoirs faits ». Rien à payer, rien à acheter : le dispositif est entièrement gratuit pour les familles.
Il ne s’agit pas de refaire le programme. Si un élève bute sur une notion, l’adulte y revient au fil de l’eau, puis l’élève retourne à son exercice. Les horaires sont fixés par le collège et ne tombent pas forcément en fin de journée : une séance peut occuper la pause du midi ou le début d’après-midi, selon l’emploi du temps de l’établissement.
L’intérêt dépasse la simple commodité. La séance sert d’abord à donner du sens au travail personnel : l’élève explicite ce qu’on lui demande, repère ce qu’il doit avoir produit à la fin, teste ses méthodes de mémorisation, puis reçoit un retour sur son niveau de maîtrise. Il apprend à s’organiser seul, un acquis qui compte autant que l’exercice terminé. Les petits groupes et le tutorat entre élèves sont encouragés, ce qui évite de transformer l’étude en salle de permanence silencieuse.
Reste l’enjeu d’équité. Tous les enfants n’ont pas à la maison un adulte disponible ou à l’aise avec les programmes : Devoirs faits au collège compense en partie cet écart d’aide entre les familles et apaise les soirées.
Qui peut en bénéficier : obligatoire en sixième, sur volontariat ensuite
Le dispositif s’adresse à tous les collégiens des établissements publics et privés sous contrat, mais son statut change selon le niveau.
Les élèves de sixième
Depuis la rentrée 2023, Devoirs faits est inscrit à l’emploi du temps de tous les élèves de sixième. Le volume horaire varie selon les besoins de chacun, mais personne n’en est écarté. L’idée est de faciliter l’arrivée au collège, au moment où l’on passe d’un maître unique à une dizaine de professeurs et où les devoirs changent de nature.
Cette version n’est ni un cours, ni un temps de remédiation en plus : elle sert à réexpliquer ce qui a été vu en classe et qui est nécessaire pour faire les devoirs. Selon les derniers chiffres du ministère, plus de 532 000 élèves de sixième en ont profité, soit 90 % des élèves du niveau.
Les élèves de la cinquième à la troisième
À partir de la cinquième, la participation repose sur le volontariat. Deux chemins mènent à une place : l’équipe pédagogique repère un élève qui gagnerait à être accompagné et en fait la proposition à sa famille, ou bien la famille sollicite elle-même l’accès au programme.
Le nombre de places dépend de la situation de chaque collège, de ses besoins et de ses moyens. Le dispositif a été renforcé en quatrième et en troisième avec la stratégie de réussite mise en place récemment pour ces deux niveaux.
Les élèves en situation de handicap
Les élèves en situation de handicap bénéficient de Devoirs faits, qu’ils suivent une scolarité individuelle en classe ordinaire ou dans une unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS). Des outils numériques permettent d’adapter les situations de travail. Les élèves de troisième prépa-métiers sont concernés au même titre que ceux des classes ordinaires.
Un adulte qui reformule une consigne ou fractionne un exercice change beaucoup de choses pour un élève dyslexique. Pour prolonger ce travail à la maison, appuyez-vous sur nos conseils pour accompagner les devoirs d’un enfant dyslexique.

Professeurs, AED, service civique : qui encadre les séances
Devoirs faits au collège n’a pas de formule unique. Chaque établissement monte son organisation avec les personnes qu’il peut mobiliser, et tout repose sur le volontariat des intervenants. Le chef d’établissement organise les services avec l’appui du conseil pédagogique, puis présente les modalités au conseil d’administration, en cohérence avec le projet d’établissement.
Les séances peuvent être prises en charge par les profils suivants :
- Les professeurs et professeurs documentalistes
- Les conseillers principaux d’éducation (CPE)
- Les assistants d’éducation (AED)
- Les volontaires du Service civique
- Les étudiants
- Les associations répertoriées d’aide aux devoirs
La taille des groupes dépend des tâches à accomplir et des élèves concernés : trois élèves autour d’un exercice de mathématiques, une vingtaine en salle d’étude pour réviser une leçon. La qualité d’une séance varie d’un collège à l’autre. Un professeur qui connaît la leçon du jour n’offre pas la même aide qu’un volontaire en début de mission. Éduscol propose un parcours de formation en libre accès sur la plateforme m@gistère, pour les professeurs, AED et associations engagés dans le dispositif.
Le dispositif oblige aussi les équipes à se poser des questions rarement traitées en salle des professeurs : à quoi servent les devoirs, qui les prescrit, quelle quantité de travail ils représentent, à quelle fréquence, sous quelle forme, application, mémorisation ou production. Les réponses doivent être rendues explicites aux élèves, aux familles et aux associations intervenantes. Pour vous, c’est un bon prétexte pour demander au professeur principal ce qu’il attend d’un devoir donné.
Posez les questions utiles au collège : qui encadre, combien d’élèves par adulte, à quels horaires.
Un collégien sur deux concerné : la montée en puissance en chiffres
Lancé en 2017, Devoirs faits au collège n’a cessé de gagner du terrain. Le ministère de l’Éducation nationale suit la participation par enquête auprès des établissements, et la courbe est nette : de 700 000 élèves à plus d’un million en quelques années scolaires.
| Année scolaire | Élèves bénéficiaires | Précision |
|---|---|---|
| 2019 | 700 000 élèves | Dont 40 % d’élèves de 6e |
| 2022-2023 | Plus de 828 000 élèves | 32 % des collégiens ayant répondu à l’enquête, 50 % en éducation prioritaire |
| Année scolaire suivante | Plus d’un million d’élèves | 43 % des collégiens des établissements ayant répondu, dont 51 % en éducation prioritaire |
| Dernière année publiée | Un collégien sur deux | Plus de 532 000 élèves de 6e, soit 90 % des élèves de ce niveau |
Deux enseignements ressortent. La participation est plus forte là où les besoins sont les plus marqués : la moitié des collégiens de l’éducation prioritaire y prennent part, contre 32 % à l’échelle nationale lors de l’enquête 2022-2023. Et le temps reste modeste, avec 2,5 heures par semaine en moyenne pour un élève bénéficiaire.
Un mot de prudence sur la lecture de ces chiffres : ils proviennent d’enquêtes auprès des collèges ayant répondu, pas d’un recensement exhaustif, et la part d’élèves concernés ne dit rien de l’assiduité. Un élève inscrit à une séance par semaine et un autre présent quatre soirs sur cinq comptent chacun pour un. La moyenne de 2,5 heures masque donc de vrais écarts.
Pour les élèves éloignés du collège, e-Devoirs faits propose une aide à distance organisée par l’établissement, pensée pour les collégiens des milieux ruraux qui rencontrent des difficultés de transport. Le Cned complète l’offre avec « Jules Devoirs faits », un assistant numérique accessible aux élèves comme aux enseignants depuis janvier 2019.
Inscrire son enfant et prolonger les séances à la maison
L’inscription n’a rien d’une démarche administrative lourde, mais elle demande de savoir à qui s’adresser.
Demander une place au collège
En sixième, la question ne se pose pas : le temps est inscrit à l’emploi du temps. À partir de la cinquième, le plus direct consiste à écrire au professeur principal ou au service de vie scolaire, par l’espace numérique de travail ou le carnet de correspondance. Précisez les matières qui posent difficulté et les jours qui conviennent. Le collège confirme ensuite les créneaux, qui s’ajustent souvent en cours d’année.
Les séances démarrent dès les premiers jours de septembre : mieux vaut anticiper.
Si le collège manque de places, une aide privée reste possible, mais elle a un coût. Notre page sur le tarif de l’aide aux devoirs donne les ordres de grandeur avant de vous engager.
Parlez-en d’abord à votre enfant. Le ministère prévoit que l’élève puisse décider en autonomie de ce qu’il traite pendant la séance et de ce qu’il emporte à la maison : un collégien associé à cette décision y adhère plus facilement qu’un élève à qui l’on impose la présence.
Articuler les séances et le travail du soir
Ne comptez pas sur Devoirs faits pour absorber toute la charge. Les heures proposées ne suffisent pas toujours à terminer l’ensemble du travail personnel, et le ministère le reconnaît lui-même. L’élève doit repartir en sachant ce qu’il lui reste à faire, après avoir hiérarchisé : une leçon mal comprise passe avant un exercice de routine, même si l’échéance est plus lointaine. Demandez-lui chaque soir ce qui a été traité au collège.
Un exemple concret : un élève de cinquième sort de la séance avec son exercice de mathématiques terminé, mais une leçon d’histoire à relire et un exposé à préparer. Si l’agenda le mentionne, la soirée est balisée en vingt minutes. Sinon, la famille découvre le reste à vingt heures, et la séance du collège n’a servi qu’à moitié.
Le suivi des apprentissages par la famille reste indispensable. Une leçon relue à voix haute, dix minutes de questions-réponses avant un contrôle : ces gestes simples font la jonction entre l’étude du collège et la maison.
La liaison avec les familles figure parmi les objectifs du dispositif, mais elle dépend aussi de votre initiative : un mot dans le carnet suffit pour demander à l’adulte référent ce que l’élève a réellement travaillé.
Sources
- Ministère de l’Éducation nationale — le dispositif Devoirs faits et ses chiffres clés, 2025
- Éduscol — les principes d’organisation de Devoirs faits, 2025






